La formation, nerf de la guerre du football mondial

formation des jeunes

Table des matières

Il suffit de regarder les résultats de cette Coupe du Monde 2026 pour comprendre que quelque chose a profondément changé. Des nations qui dominaient autrefois le monde du football il y a encore dix ou quinze ans peinent aujourd’hui à se qualifier pour les phases finales, quand elles n’y terminent pas éliminées au premier tour. L’Allemagne, deux fois éliminée en phase de poules en 2018 et 2022, vient à nouveau de sortir prématurément du Mondial 2026. L’Italie, quadruple championne du monde, enchaîne les contre-performances. Le Brésil, dont le dernier titre mondial remonte à 2002, cherche toujours ses successeurs à Ronaldo, Ronaldinho et avec un Neymar en fin de course. Pendant ce temps, la France continue de produire des joueurs de classe mondiale avec une régularité presque industrielle. La différence entre ces nations tient en grande partie à un seul mot : la formation.

La France, la belle remontada

La France est le deuxième exportateur mondial de joueurs, derrière un Brésil qui compte trois fois plus d’habitants. C’est un chiffre qui dit tout de l’efficacité du système français. Cinq centres de formation de clubs français figurent parmi les vingt meilleurs pourvoyeurs européens de joueurs à destination du Big 5. Le PSG (3e) et Rennes (4e) sont dans le top 10 et Lyon à la 11e place.

Club Pays Nombre de joueurs
1
FC Barcelone
Espagne
40 joueurs
2
Real Madrid CF
Espagne
35 joueurs
3
Paris Saint-Germain
France
31 joueurs
4
Stade Rennais FC
France
29 joueurs
5
Ajax Amsterdam
Pays-Bas
27 joueurs
6
Chelsea FC
Angleterre
25 joueurs
7
Real Sociedad
Espagne
24 joueurs
8
Manchester United FC
Angleterre
22 joueurs
9
Manchester City FC
Angleterre
22 joueurs
10
Arsenal FC
Angleterre
22 joueurs

Tout part de Clairefontaine, le centre national de formation, réputé pour former des talents de haut niveau comme Thierry Henry, Hatem Ben Arfa, Abou Diaby ou encore Kylian Mbappé. En se concentrant notamment sur l’affinement de la conscience tactique, des compétences techniques et de la condition physique. Mais Clairefontaine n’est que le sommet d’une pyramide beaucoup plus large.

Le résultat se voit sur le terrain. De très nombreux bleus sont aujourd’hui titulaires ou cadres dans des très grands clubs européens : Dembélé (PSG), Doué (PSG) et Camavinga (Real Madrid) formés à Rennes, Barcola (PSG) et Cherki (Manchester City) formés à Lyon, Zaïre-Emery (PSG), Rabiot et Maignan (AC Milan) formés au PSG, Tchouaméni (Real Madrid) et Koundé (FC Barcelone) formés à Bordeaux, les Thuram (Inter Milan et Juventus) formés à Clairefontaine. La liste est longue, et elle se renouvelle chaque saison. Ce n’est pas un hasard, c’est un système.

L'Allemagne : le mirage du renouveau

L’Allemagne a longtemps été une référence mondiale en matière de formation et d’intégration des jeunes en équipe première. La réforme lancée après l’humiliation de l’Euro 2000 a produit ses fruits avec la génération Müller, Khedira, Schweinsteiger et consort, championne du monde en 2014.

Le sommet de cette ère dorée reste la finale de la Ligue des Champions 2013, un choc 100% allemand entre le Bayern Munich et le Borussia Dortmund. Pas moins de 16 joueurs de haut niveau formés en Allemagne se retrouvaient face à face ce soir-là. Côté Dortmund : Weidenfeller, Hummels, Schmelzer, Bender, Gündogan, Reus, Götze, Großkreutz et Kehl. Côté Bayern : Neuer, Lahm, Boateng, Schweinsteiger, Müller, Kroos et Gomez. Une démonstration de force collective que peu de nations pourraient reproduire aujourd’hui. Et pour l’instant l’Allemagne elle-même ne le pourrait plus.

bayern dortmund finale de LdC 2013
bayern dortmund finale de LdC 2013

Car depuis ce pic, le déclin est progressif mais réel. Un début de réveil s’était dessiné à l’Euro 2024 à domicile, autour du duo Jamal Musiala-Florian Wirtz mais s’est éteint prématurément face au futur vainqueur Espagnol. Avant cette Coupe du Monde, les deux joyaux de 23 ans ont connu une saison compliquée, entre retour de grave blessure pour Musiala (Cheville cassée contre le PSG en Coupe du monde des Clubs) et première expérience ratée en Premier League pour Wirtz. Les blessures en amont du Mondial de plusieurs joueurs clés comme Serge Gnabry ont mis en lumière la faiblesse du banc allemand.

Et derrière ce duo, le vide est immense. Au Bayern Munich comme au Borussia Dortmund, une partie des meilleurs joueurs sont étrangers : Harry Kane, Luiz Diaz, Michael Olise, Dayot Upamecano, Gregor Kobel, Seyrou Guirassy, Rami Bensebaini… Le RB Leipzig lui-même, club supposé être le vivier de la nouvelle Allemagne, compte davantage sur des profils peu onéreux ou chipés dans des centres de formations à revendre par la suite en échange de sommes conséquentes. L’Allemagne forme encore des joueurs de qualité comme le jeune Lennart Karl ou encore Aleksandar Pavlović mais elle ne forme plus en quantité suffisante pour avoir cette profondeur et cette qualité à tous les postes vue en 2014.

Pour preuve, Julian Nagelsmann, désormais ex sélectionneur Allemand, a été obligé de rappeler Manuel Neuer (40 ans) de sa retraite pour occuper le poste de gardien titulaire devant les faiblesses de ses remplaçants pourtant sélectionnés à l’Euro 2024.

allemands coupe du monde 2026
Les Allemands éliminés de la Coupe du Monde 2026 aux tirs aux buts

Le Brésil : grande déroute offensive ou déroute tout court ?

C’est le cas le plus douloureux pour les amoureux du beau jeu. Le Brésil, inventeur du Joga Bonito, du football spectacle, cinq fois champion du monde, n’a plus remporté de Mondial depuis 2002. Et sa formation, autrefois la plus prolifique de la planète, est en déroute depuis des années.

Santos a produit Pelé et Neymar. São Paulo, Kaká. Flamengo, Zico. Botafogo, Rai. Vasco da Gama, Romario. Grêmio, Ronaldinho. Mais ces académies légendaires ont progressivement perdu de leur superbe. Après la retraite de légendes comme Ronaldinho, Ronaldo et Rivaldo, les générations suivantes portées par Adriano ou Robinho n’ont pu faire mieux que deux victoires lors des Copa América 2004 et 2007. Peu à peu, le Brésil s’enlisait, devenait de plus en plus banal.

Le point de bascule reste la Coupe du Monde 2014, organisée au Brésil. Une équipe d’abord étincelante, avec des cadres de grande qualité comme Thiago Silva, Neymar, Marcelo et Dani Alves finit brillamment première de son groupe. Malheureusement, ils perdent ensuite Neymar sur blessure en quart de finale contre la Colombie avant de se faire littéralement humilier par l’Allemagne en demi-finale (défaite historique 7-1). Un énorme désamour s’ouvre alors entre la Seleção et ses supporters. Partiellement comblé par la victoire du Brésil olympique de Neymar à Rio en 2016 et la Copa América 2019 à domicile, avec la génération Alisson, Marquinhos, Gabriel Jesus, Vinicius Jr et Coutinho. Génération sur laquelle reposaient tous les espoirs. Sept ans plus tard, force est de constater qu’ils n’ont pas su les concrétiser.

C’est dur de trouver les mots… C’est le rêve de tout Brésilien de gagner une Coupe du Monde. Quand vous commencez à jouer… j’ai eu trois opportunités… C’est difficile. Je veux seulement être avec ma famille. On a fait de notre mieux, mais on a perdu notre rêve… Nous avons déçu tous les Brésiliens. Nous serons toujours la génération qui n’a pas remporté la Coupe du Monde.

Comment une nation qui possédait coup sur coup Cafu et Roberto Carlos, puis Dani Alves et Marcelo et toutes les légendes citées précédemment, peut aujourd’hui aligner une paire Danilo-Douglas Santos, Mateus Cunha et Rayan en attaque ou encore le vieillissant Casemiro au milieu ? Force est de constater que le vivier brésilien ne retrouve plus la densité qui faisait de la Seleção une machine à produire des numéros 10 de génie, ni les latéraux offensifs qui faisaient sa signature.

Les cas récents d’Endrick et Estêvão, tous deux issus de Palmeiras et tous deux âgés de 19 ans, illustrent parfaitement le problème. Transférés très jeunes au Real Madrid et à Chelsea, ils incarnent ce que les jeunes brésiliens font désormais presque systématiquement : migrer précocement vers l’Europe, au détriment d’une formation complète au pays. Résultat ? Endrick peine à obtenir du temps de jeu au Real Madrid et fut très décevant lors de ses entrées en jeu au Mondial 2026. Estêvão, quasi indéboulonnable à Chelsea malgré ses 19 ans, souffre déjà de blessures récurrentes qui l’ont privé du tournoi.

Ronaldinho lui-même n’a pas cessé de dénoncer ce problème dans les médias ces dernières années, au point de boycotter la dernière Copa América du Brésil. Ses mots résument mieux que n’importe quelle statistique l’état d’une nation footballistique en pleine crise identitaire :

Voilà les amis, pour moi c'est fini. C'est un moment triste pour ceux qui aiment le football brésilien. C'est devenu difficile de trouver la motivation pour regarder les matchs. C'est peut-être l'une des pires équipes de ces dernières années, il n'y a pas de leaders respectés, seulement des joueurs médiocres pour la plupart. Je suis le football depuis tout petit, bien avant de penser à devenir joueur, et je n'ai jamais vu une situation aussi mauvaise que celle-ci. Il manque l'amour du maillot, il manque la niaque et, le plus important de tout : le football. Je le répète : notre niveau de jeu a été l'une des pires choses que j'aie jamais vues. Une honte. C'est pourquoi je déclare ici mon abandon. Je ne regarderai aucun match de la Copa América™, et je ne fêterai aucune victoire.

larmes neymar coupe du monde 2026
Les larmes de Neymar après l'élimination du Brésil de la Coupe du Monde 2026

Les Pays-Bas : la chute d'une école

L’Ajax Amsterdam a longtemps été la référence mondiale de la formation et même du football offensif. Ils demeurent d’ailleurs toujours parmi les clubs ayant le plus de joueurs formés dans le top 5 (5e avec 27 joueurs). Johan Cruyff, Marco Van Basten, Frank Rijkaard, puis Bergkamp, Seedorf, Davids entre autres. L’école hollandaise du football total produisait des générations entières de joueurs techniques et intelligents. De Ligt, De Jong, Van Dijk sont les derniers grands produits de cette école.

Mais l’Eredivisie souffre d’un problème de plus en plus aigu : ses meilleurs jeunes partent très tôt, trop tôt, vers les grands clubs européens avant même d’avoir pleinement terminé leur formation. Frenkie de Jong à Barcelone à 21 ans, Gravenberch au Bayern Munich à 20 ans, Timber à Arsenal à 22 ans. La formation est encore là, mais la rétention des talents est devenue impossible face aux budgets des grands clubs européens.

Le cas de Donny Van de Beek est tellement representatif. Véritable pierre angulaire de l’Ajax Amsterdam demi-finaliste de Ligue des champions en 2019, il fut transféré à Manchester United dans le rôle de joueur de rotation. Un gâchis de carrière que peu auraient anticipé au moment de sa signature. Pareil pour Ryan Gravenberch, dans un premier temps étouffé au Bayern Munich avant son transfert et son explosion à Liverpool quelques années plus tard. Le résultat : une équipe nationale avec des individualités de qualité mais un collectif moins cohérent que les grandes générations passées.

La Squadra Azzurra en mort cérébrale

Le cas italien est encore plus préoccupant. La Nazionale n’a pas réussi à se qualifier pour les Coupes du monde 2018, 2022 et 2026. Elle continue donc de dégringoler inlassablement dans la hiérarchie européenne et mondiale. Le problème est structurel et plus profond que celui des Allemands.

Il faut d’abord comprendre d’où vient l’Italie pour mesurer l’ampleur de la chute. La génération dorée des années 1990-2000 reste l’une des plus impressionnantes de l’histoire du football mondial. Toldo, Buffon, Zambrotta, Nesta, Materazzi, Maldini, Cannavaro, Pirlo, Gattuso, Totti, Del Piero, Vieri, Inzaghi. Des joueurs ultra talentueux, pleins de caractère, tauliers dans les plus grands clubs italiens. Cette génération a atteint son pic en 2006. Elle remporte la Coupe du Monde contre la France aux tirs au but, après le coup de tête légendaire de Zidane sur Materazzi. Cannavaro remporte le Ballon d’Or la même année. Le football italien régnait alors sur le monde.

coupe du monde 2006 italie
© Photo La squadra azzura qui soulève la coupe du monde en 2006 après victoire aux tirs au but

Le déclin commence dès la Coupe du Monde 2010. L’Italie sort dès les phases de poules. C’est également la retraite internationale de Cannavaro. Cette même année, en finale de Ligue des Champions, on peine déjà à trouver des Italiens dans le onze titulaire. La suite est une longue série de désillusions. Quatre finales de Ligue des Champions en dix ans pour les clubs italiens. Quatre défaites. La Juventus en 2015 contre Barcelone, puis en 2017 contre le Real Madrid. L’Inter Milan en 2023 contre Manchester City, puis en 2025 contre le PSG. Dans ces équipes finalistes, on ne trouve jamais plus de trois ou quatre cadres en équipe nationale. Bastoni, Barella et Di Marco côté Inter. Le trio Bonucci-Barzagli-Chiellini plus Buffon côté Juve.

La cause est connue. La Serie A, notamment sous l’impulsion de la Juventus et de la présidence de Pavel Nedved dans les années 2020, a progressivement délaissé la formation locale. Elle a ainsi privilégié le recrutement international et surtout les joueurs en fin de contrat pour compléter son effectif. Pogba, Emre Can, Coman, Khedira, Dani Alves, Rabiot, Aaron Ramsey, Di Maria, Jonathan David et bien d’autres en sont des exemples. Cette stratégie a ensuite été adoptée par les clubs concurrents, parfois en difficulté financière, comme l’Inter, le Milan AC ou Naples. En conséquence, les talents locaux comme Belotti, Retegui, Bernardeschi, Locatelli ou encore Kean peinent à trouver du temps de jeu ou reconnaissance. La sélection nationale se retrouve donc sans profondeur ni renouvellement.

rabiot juventus
Rabiot s'engage avec la Juventus en provenance du PSG (libre)

La Nazionale n’a plus d’idées. Elle manque aujourd’hui de talent offensif identifiable. Elle ne dispose d’aucun successeur clair aux grandes figures passées. De plus, un joyeux ballet d’entraîneurs s’échange le banc en permanence, aussi bien en clubs qu’en sélection : Gattuso, Lippi, Mancini, Ranieri, Conte, Sarri, Allegri, Spalletti. Toujours les mêmes noms, toujours les mêmes résultats décevants. Certes, la victoire à l’Euro 2020 reste une éclaircie dans ce sombre tableau. Mais elle est trop isolée et trop vite oubliée pour constituer un vrai renouveau. La Squadra Azzurra n’est plus en convalescence. Elle est en mort cérébrale.

L'Angleterre : le contre-exemple positif

L’Angleterre mérite une mention à part. Longtemps moquée pour sa formation trop physique et moins technique, elle a opéré une révolution silencieuse depuis la création du St George’s Park National Football Centre en 2012, comparable à Clairefontaine. Le résultat est une nouvelle génération ultra talentueuse portée par Bellingham, Saka, Foden, Palmer, Gallagher, Rice ou encore Elliot Anderson.. Une densité de talents qui rappelle, toutes proportions gardées, la richesse française.

Dans ce paysage, Chelsea et son centre de formation de Cobham méritent une mention particulière. L’académie londonienne est devenue l’une des plus prolifiques d’Europe, ayant produit ou vu transiter ces dernières années un nombre impressionnant de joueurs de haut niveau : Reece James, Mason Mount, Fikayo Tomori, Conor Gallagher, Tammy Abraham, Trevoh Chalobah, Ruben Loftus-Cheek, Romelu Lukaku, Kevin De Bruyne, Declan Rice ou encore Callum Hudson-Odoi. On peut même y ajouter Jamal Musiala, formé huit ans à Cobham avant de choisir de rejoindre le Bayern Munich en 2019 et d’opter pour la sélection allemande plutôt qu’anglaise. La particularité de Cobham, c’est d’avoir su combiner une infrastructure de pointe avec une vraie philosophie de développement technique, là où d’autres clubs anglais se contentaient de recruter massivement à l’étranger.

jeunes joueurs cobham
© Photo On reconnait notamment Reece James (capitaine de Chelsea) à gauche, Mason Mount au milieu et Declan Rice à droite (Vice Capitaine d'Arsenal) à Cobham

Ironie du sort, l’ambition de son ex-président Roman Abramovitch a souvent poussé Chelsea à exporter ses formés dans d’autres clubs anglais ou européens plutôt qu’à les intégrer durablement dans son propre effectif. Preuve que la qualité de la formation est indéniable, même si la gestion sportive qui suit laisse parfois à désirer. La différence avec la France tient surtout à la Premier League elle-même, qui a longtemps été le championnat le plus fermé aux jeunes joueurs locaux malgré la règle des joueurs formés localement. Cette tendance est très largement à la baisse ces dernières années.

Le nerf de la guerre : le temps de jeu

Si la France s’en sort mieux que ses concurrents, ce n’est pas seulement grâce à la qualité de ses infrastructures. C’est aussi parce que la Ligue 1 et la Ligue 2 offrent du temps de jeu aux jeunes. Dembélé avait 17 ans quand il a débuté en professionnel à Rennes. Camavinga, lui, en avait 16 quand il a disputé sa première saison complète à Rennes. Désiré Doué n’était pas plus âgé que lui. Zaïre-Emery a joué titulaire au PSG à 16 ans. Mamadou Sakho, capitaine du PSG à 17. Cette saison, 4 nouveaux « titis » (surnom pour les jeunes joueurs issus du centre de formation du PSG) ont eu du temps de jeu en pro : Quentin Ndjantou (18 ans), Mathis Jangéal (18 ans), Dimitri Lucea (19 ans) et Pierre Mounguengue (18 ans). Les deux premiers ont pu inscrire leur nom sur le mur dédié aux titis devenus pros au PSG.

Les clubs allemands, italiens et même anglais ont une grosse tendance à piocher en France plutôt que de faire confiance à leurs propres jeunes. Le Bayern Munich recrute Mathys Tel à Rennes à 17 ans plutôt que de former l’équivalent en Bavière. La Juventus signe Kingsley Coman à 16 ans du PSG plutôt que de faire confiance à un jeune de son centre. Leipzig signe El Chadaille Bitshiabu à 18 ans puis Joane Gadou à 17 ans tous deux issus du PSG. Ce cercle vicieux appauvrit la formation locale tout en enrichissant les sélections étrangères en joueurs formés en France.

Mais la tentation fonctionne aussi dans l’autre sens, et elle peut coûter très cher. Nombreux sont les jeunes talents français qui ont choisi de quitter prématurément leur club formateur pour rejoindre de grands clubs européens, attirés par la promesse d’un temps de jeu qui n’est jamais venu. Le cas le plus cuisant reste celui de Tanguy Kouassi. Régulièrement utilisé par Thomas Tuchel au PSG, le milieu défensif s’est laissé convaincre par son agent de rejoindre le Bayern Munich en 2020, à seulement 18 ans, en fin de contrat et sans indemnité de transfert. Un choix présenté comme une opportunité unique. La réalité a été bien différente : peu de temps de jeu en Bavière, des blessures, des prêts successifs, une carrière ralentie net alors qu’il était l’un des espoirs les plus prometteurs de sa génération. L’agent y a gagné. Le joueur, bien moins.

Kouassi bayern munich
© Photo Tanguy Kouassi rejoint le Bayern Munich en 2021

Le plan est qu’il fasse ses premiers pas pendant la trêve internationale. Nous devrons attendre de voir comment les choses vont se passer. Il est actuellement sur une très bonne voie, il s’entraîne très dur et parle déjà assez bien l’allemand

C’est précisément pour limiter ce type de situation que la Ligue de Football Professionnel vient de prendre une décision structurante : augmenter de deux ans la durée maximum du premier contrat professionnel, le passant de 3 à 5 ans. Hormis le souhait du joueur ou de son agent d’évoluer à l’étranger, c’était le dernier verrou qui empêchait les centres de formation français de conserver plus longtemps leurs pépites. Un premier contrat pro de 5 ans permet de mettre en place un projet de développement bien plus complet, avec davantage de temps pour progresser dans un environnement connu avant d’affronter la pression des grands clubs européens. Une réforme discrète, mais potentiellement décisive pour l’avenir du football français.

La crise de la formation dans les grandes nations footballistiques n’est pas une fatalité. C’est le résultat de choix politiques, économiques et sportifs faits sur plusieurs décennies. La France a choisi d’investir massivement dans la détection précoce, les infrastructures et le temps de jeu des jeunes. Certaines grandes nations ont progressivement sacrifié leur formation locale sur l’autel du recrutement international et du projet achat-revente pour une rentabilité immédiate. Le Mondial 2026 en est le reflet le plus cruel. Pendant que l’Allemagne sort prématurément et que l’Italie peine à exister, la France continue de produire des générations de joueurs capables de performer au plus haut niveau mondial.

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