IMAX ou séance normale : quelle différence ?

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Vous avez déjà hésité devant la caisse (ou la borne) d’un cinéma entre une séance normale et une séance IMAX, souvent 4 à 6 euros plus chère ? La question mérite une vraie réponse. Pas une réponse marketing, une réponse honnête. Parce que toutes les salles IMAX ne se valent pas, tous les films ne méritent pas le supplément, et l’expérience peut parfois décevoir autant qu’elle peut éblouir. Et parce que le mot « IMAX » recouvre aujourd’hui des réalités tellement différentes qu’il est devenu difficile de savoir ce qu’on achète vraiment.

Qu'est-ce que l'IMAX exactement ?

IMAX, pour Image MAXimum, est un format de projection développé dans les années 1970 au Canada. À l’origine, c’est une technologie conçue pour des films documentaires projetés dans des dômes ou des salles géantes (telle que « La Géode » située à la Villette dans le 19e arrondissement de Paris). Aujourd’hui, le terme recouvre des réalités très différentes selon les salles.

Concrètement, l’IMAX se distingue sur trois points :

  • L’écran est significativement plus grand qu’une salle standard, pouvant atteindre plusieurs fois la taille d’un écran classique.
  • Le ratio d’image est différent : en IMAX natif, le format est plus carré (1.43:1) que le format rectangulaire habituel (2.39:1).
  • Enfin, le son est spatialisé avec une précision supérieure, avec des enceintes positionnées tout autour de la salle y compris derrière les spectateurs.

Les différences de ratio des différents écrans IMAX vs séance standard pour DUNE

Numérique, 35mm, 70mm : la hiérarchie technique

Il ne suffit pas de dire « pellicule » ou « numérique » : il existe une vraie hiérarchie technique, du plus commun au plus rare, avec à chaque étage un gain concret de définition, résumée dans le schéma ci-dessous.

hierarchie des technologies

La grande majorité des films aujourd’hui sont tournés en numérique standard, avec un capteur électronique classique. Un cran au-dessus, la caméra IMAX numérique utilise un séparateur de faisceau pour capturer l’image sur un capteur large format, sans pour autant égaler la pellicule. Côté argentique, le 35mm reste la référence historique, avec 4 perforations par image en défilement vertical. Le 70mm classique (ce que propose le Grand Rex pour l’Odyssée) passe à 5 perforations pour une surface de pellicule bien plus grande. Et tout en haut de la pyramide, la pellicule IMAX 70mm, le vrai 15/70.

C’est cette hiérarchie qui explique la distinction entre « filmed for IMAX » (tourné avec de vraies caméras IMAX, pellicule ou numérique large format) et « presented in IMAX » (un film tourné en numérique standard simplement remasterisé et recadré au format 1.43:1 pour l’occasion). Dans ce dernier cas, l’image est agrandie numériquement sans gagner en définition réelle, ce qui explique pourquoi certaines expériences IMAX déçoivent alors que d’autres impressionnent.

Le "vrai" IMAX : la pellicule 70mm

Avant de parler des salles françaises dans le détail, il faut comprendre ce qu’est le vrai IMAX dans sa forme la plus pure. Ce format c’est la pellicule 70mm integrée à une caméra IMAX, aussi appelée 15/70. Le film passe horizontalement dans la caméra avec 15 perforations par photogramme. Le résultat : une résolution équivalente à du 18K environ. Le tout projeté sur un écran mesurant plusieurs centaines de mètres carrés avec un ratio de 1.43:1. À titre d’exemple, l’écran du Kinépolis de Bruxelles mesure 532m². Autrement dit la taille d’un immeuble de plusieurs étages. Aucune autre technologie actuelle n’atteint ce niveau.

C’est ce format qu’utilise Christopher Nolan pour ses films : Interstellar, Batman, Dunkerque, Oppenheimer ou encore récemment sur L’Odyssée. Tous tournés en partie ou intégralement en pellicule IMAX 70mm. Et c’est précisément pour voir ces films dans leurs conditions optimales que certains cinéphiles traversaient la Manche.

Nolan lui-même explique ce qui rend cette immersion si particulière et ce que la pellicule apporte, au-delà du seul gigantisme de l’écran :

On dispose d'un écran immense qui remplit le champ de vision périphérique du spectateur. On l'immerge ainsi dans l'univers du film (...) La netteté, la clarté et la profondeur de l'image sont sans équivalent. Pour moi, l'essentiel est qu'en tournant sur pellicule IMAX 70 mm, on fait véritablement disparaître l'écran. On obtient une sensation de 3D sans avoir besoin de lunettes.

Pellicule IMAX du film Oppenheimer : 18km de long – 300kg)

Christopher Nolan filmant Cillian Murphy pour Oppenheimer avec une caméra IMAX

Le BFI IMAX de Londres : la référence Européenne

Le BFI IMAX de Londres Waterloo est la référence absolue en Europe (longtemps le seul à projetter du véritable IMAX). Son écran mesure 25,9 m de large sur 19,8 m de haut, pour une surface totale de plus de 512 m². C’est le plus grand écran de cinéma du Royaume-Uni. Le ratio 1.43:1 quasi carré est essentiel pour voir en plein format les films tournés en IMAX natif.

Depuis 2012, la salle est équipée à la fois de projecteurs laser numériques IMAX double 4K et du projecteur argentique 70mm d’origine. Il peut donc projeter en pellicule réelle quand le film l’exige. Attention cependant : les séances en 70mm argentique s’écoulent extrêmement rapidement (comme vu récemment sur les futures sorties de Dune : Troisième partie et l’Odyssée). Le BFI programme notamment des cycles Christopher Nolan en 70mm IMAX en amont des grandes sorties. Le reste du temps, la salle tourne en numérique laser 4K.

Projection du film Oppenheimer de Christopher Nolan au BFI de Londres au format IMAX 70 mm

Les projections IMAX mondiales de L’Odyssée de Christopher Nolan déjà en rupture un an avant la sortie du film

Les projections IMAX 15/70 mondiales de Dune : troisième partie de Denis Villeneuve en rupture

Et en France : la vérité sur le "LieMAX"

Jusqu’en juillet 2026, il n’existait aucune salle en France capable de projeter en pellicule 70mm pour un film de cinéma grand public (Le Kinémax du Futuroscope ne diffusant que des documentaires). À part l’Odysseum de Montpellier qui possédait le ratio 1.43:1, toutes les salles IMAX françaises destinées aux films étaient en numérique et avec un ratio 1.90:1 (plus horizontal que le vrai IMAX).  » LieMAX  » (un jeu de mots entre  » lie  » et IMAX) vient du fait qu’IMAX aient continué à construire des salles beaucoup plus petites en les vendant comme une expérience premium et immersive.

Voici les dimensions réelles de quelques salles IMAX :

Nom de la salle IMAX Dimensions de l'écran Surface Ratio Format
La Géode
Dôme 1 000 m²
Hémisphérique
NC
Numérique
Gaumont Odysseum
23,7 × 17,3 m
410 m²
1.43:1
Pellicule + Numérique laser
Gaumont Disney Village
25 × 14 m
390 m²
1.77:1
Numérique laser
Pathé Plan de Campagne
25 × 14 m
350 m²
1.90:1
Numérique laser
Pathé La Valette
25 × 14 m
350 m²
1.90:1
Numérique laser
Pathé Quai d’Ivry
21 × 11 m
231 m²
1.90:1
Numérique laser
Pathé La Villette
21 × 11 m
231 m²
1.90:1
Numérique Laser

Le Pathé Odysseum de Montpellier propose le ratio 1.43:1 en laser 4K et, depuis juillet 2026 et la sortie de L’Odyssée de Nolan, en format pellicule 70mm. Ce qui en fait la meilleure option IMAX en France métropolitaine et la première salle française à projeter du vrai IMAX 70mm pour un long métrage commercial. Elle possède néanmoins un plus petit écran (410 m²) en comparaison avec le BFI de Londres (512 m²) et le Kinepolis de Bruxelles (532 m²). Bruxelles disposant même du plus grand écran IMAX d’Europe. Le BFI conserve cependant une légitimité historique unique, étant la référence du format depuis des décennies, là où Bruxelles inaugure sa première projection 70mm en juillet 2026 avec L’Odyssée.

Pour du 70mm, trois options possibles sans traverser la Manche

À partir de juillet 2026, les cinéphiles exigeants n’ont donc plus besoin d’aller jusqu’à Londres pour voir du vrai IMAX 70mm. Le Kinepolis de Bruxelles et le Pathé Odysseum de Montpellier proposent tous deux la projection pellicule 70mm pour L’Odyssée et tous les futurs films dans ce format (comme Dune 3). Le Grand Rex à Paris offre quant à lui une troisième option en 70mm classique dans sa mythique grande salle, sans le ratio 1.43:1 mais avec le grain et la texture de l’argentique.

Pathé Île Seguin : la nouvelle déception francilienne

Le 15 juillet 2026, Pathé inaugurait son nouveau complexe de Boulogne-Billancourt, installé sur l’Île Seguin au cœur de la Pointe des Arts. Huit salles premium, un emplacement iconique en bord de Seine, une architecture contemporaine signée RCR Arquitectes. Et bien sûr, une salle IMAX présentée comme la pièce maîtresse du complexe. Sur le papier, c’est excitant. Dans les faits, c’est un nouvel exemple parfait du LieMAX à la française.

L’écran mesure 20 mètres de base sur 11,7 mètres de haut, soit une surface de 234 m². C’est dans la moyenne basse des salles IMAX commerciales françaises, et très loin des 512 m² du BFI à Londres ou même des 410 m² de Montpellier. Pour un complexe tout neuf, construit en 2026 avec les dernières technologies disponibles, c’est un choix difficile à comprendre. Pathé avait là une occasion rare de doter la France de deux salles IMAX 70mm d’un coup et l’Île-de-France d’une vraie grande salle IMAX digne de ce nom. Le résultat est une salle correcte, confortable mais qui n’apporte rien de fondamentalement nouveau à l’offre IMAX francilienne déjà existante.

Le problème du ratio en plein film

C’est le point qui dérange le plus les spectateurs non avertis. Certains films sont tournés partiellement en caméras IMAX et partiellement en caméras standard. Le résultat : le ratio de l’image change en plein milieu du film. Les scènes filmées en IMAX remplissent l’écran entier, les autres apparaissent avec des bandes noires en haut et en bas.

Christopher Nolan en est le cas d’école. Ses films alternent délibérément les deux formats pour créer un effet de rupture visuelle voulu. Ce choix artistiquement assumé peut désorienter un spectateur non aguerri.

La hiérarchie complète des salles IMAX en Europe

Pour y voir plus clair, voici le classement européen de la meilleure expérience :

Rang Salle Format Ratio Surface
🥇
BFI IMAX Londres
Pellicule 70mm 15/70 + laser 4K
1.43:1
512 m²
🥈
Kinepolis Bruxelles
Pellicule 70mm 15/70 + laser 4K
1.43:1
532 m²
🥉
Gaumont Odysseum
Pellicule 70mm 15/70 + laser 4K
1.43:1
408 m²
4e
Gaumont Disney Village
Laser numérique
1.77:1
390 m²
5e
Reste des salles France
Laser ou numérique
1.90:1
177-350 m²

Pourquoi si peu de salles 70mm en France et dans le monde ?

Le problème, c'est que les projecteurs IMAX sur pellicule ne sont plus fabriqués depuis près de 50 ans. Nous les rénovons et les reconstruisons, et notre stratégie est de voir jusqu'où nous pouvons aller.

La sortie de L’Odyssée a mis en lumière une réalité que les cinéphiles connaissent mais que le grand public découvre : seules 41 salles dans le monde sont capables de projeter le film en vrai IMAX 70mm. En France, une seule, à Montpellier. En Belgique, une seule : le Kinepolis Bruxelles.

Pour un format présenté comme la référence absolue du cinéma premium, c’est un chiffre qui interpelle. La réponse tient en une contrainte technique majeure que le PDG d’IMAX Richard Gelfond a résumée sans détour dans Variety : « Il n’a pas été fabriqué de nouveaux projecteurs IMAX sur pellicule depuis environ 50 ans. Nous les rénovons, les reconstruisons, et notre stratégie est de voir jusqu’où nous pouvons aller. »

Des sources chez IMAX ont confirmé à Variety que de nombreuses pièces nécessaires à la fabrication de ces projecteurs spécialisés « n’existent tout simplement plus ». Les fichiers de conception originaux ont été créés il y a environ cinquante ans et n’ont jamais été correctement maintenus. IMAX ne dispose donc plus d’un plan de fabrication complet.

Le paradoxe est cruel : certaines salles affichent complet dès les séances matinales, preuve d’un engouement exceptionnel, mais IMAX ne peut pas simplement ouvrir de nouvelles salles pour répondre à la demande. La technologie est prisonnière de son propre héritage. Et la France, avec une seule salle compatible, illustre parfaitement cette pénurie mondiale qui transforme chaque séance en IMAX 70mm en véritable pèlerinage cinéphile.

Mon expérience dans les salles IMAX

J’ai eu l’occasion de tester plusieurs salles IMAX en France et en Europe et les différences sont saisissantes.

  • La Géode (Paris 19e) : Avatar 3, The Mandalorian et grogu en commercial et de nombreux documentaires en format hémisphérique 1 000m².
  • La Villette (Paris 19e) : Projet Dernière Chance.
  • Pathé Conflans : Mortal Kombat.
  • Gaumont Disney Village : les 4 Fantastiques, Michael.
  • Pathé Quai d’Ivry : Super Mario Galaxy, La Bataille de Gaulle, L’Odyssée.
  • Gaumont Odysseum : Dune Deuxième partie, L’Odyssée.
  • Pathé La Valette : Avatar 2
  • Kinepolis Bruxelles : Dune Deuxième partie.

Le supplément vaut-il vraiment le coup ? Mon verdict

Oui, mais pas systématiquement. Voici la règle simple que j’applique personnellement.

Ça vaut le supplément si : le film est entièrement ou majoritairement tourné en IMAX. Afin de vérifier, consultez le site imax.com qui indique pour chaque sortie si le film est « filmed for IMAX » (tourné nativement) ou simplement « presented in IMAX » (remasterisé). Dans le premier cas, vous pouvez le voir dans n’importe quelle salle IMAX de France. Toutefois, pour un film exceptionnel comme l’Odyssée ou Dune, il faut le voir (si possible) en 70mm avec le ratio 1.43:1 comme à Londres, Bruxelles ou Montpellier pour profiter de la claque visuelle.

Ça ne vaut pas forcément le supplément si : s’il est simplement « presented in IMAX » sans avoir été tourné nativement dans ce format.

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