J’ai vu… L’Odyssée en IMAX 70mm

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L'Odyssée

Titre Original : The Odyssey

Date de sortie : 15 juillet 2026
2h 53min | Action, Aventure
Réalisateur : Christopher Nolan
Avec Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway, Robert Pattinson, Zendaya et Lupita Nyong’o

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une précision importante. Je rédige cette critique après une séance en IMAX 70mm au Pathé Odysseum de Montpellier. Il s’agit de la meilleure salle de France pour l’IMAX grâce à son ratio 1.43:1 natif. Une deuxième séance en IMAX numérique 1.90:1 au Pathé Quai d’Ivry et une troisième dans la salle Dolby Atmos de l’Île Seguin en 2.89:1 ont suivi, pour une comparaison complète des trois formats. Vous trouverez le détail de cette comparaison plus bas dans l’article.

Ce qui suit est donc le ressenti d’une première vision dans les conditions optimales pour lesquelles Christopher Nolan souhaitait qu’on apprécie l’œuvre. De plus, il faut aussi aborder l’engouement sans précédent que ce film a généré autour du format 70mm.

Depuis l’annonce officielle que L’Odyssée avait été intégralement filmé en IMAX 70mm, quelque chose d’inhabituel s’est produit. Les spectateurs ont ainsi cherché les salles compatibles avant même de chercher les horaires. Les séances françaises et belges affichent complet sur chaque créneau réservable, des semaines à l’avance.

Scénario

L’Odyssée suit le retour d’Ulysse vers Ithaque après la guerre de Troie. Le récit fondateur d’Homère, l’une des œuvres littéraires les plus anciennes et les plus universelles de l’humanité, arrive à nouveau sur grand écran. Nolan fait le choix d’insuffler sa modernité visuelle et narrative au texte originel. Ce récit se déroule après la mort d’Achille, ce qui ancre immédiatement la temporalité du film et explique certains choix de casting qui ont fait couler beaucoup d’encre. L’écriture est dense, ambitieuse, parfois complexe. Elle demande un spectateur attentif.

La polémique du casting

Avant même la sortie du film, plusieurs choix de casting avaient suscité des débats. Elliot Page, acteur transgenre, dans le rôle d’Achille, Lupita Nyong’o dans celui d’Hélène et Zendaya dans celui d’Athena. Tous(tes) ont été pointé(e)s du doigt sur la question de la représentation dans ce récit homérien.

La réalité du film nuance largement ces polémiques, voire les invalide. Elliot Page n’incarne pas Achille, mais Sinon, l’espion grec qui convainc les Troyens d’introduire le cheval dans leurs murs. Un rôle pivot, narrativement crucial et loin de la comparaison absurde avec Brad Pitt (Achille dans Troie en 2004). Lupita Nyong’o incarne, elle, un rôle assez ambigu. Hélène, mais surtout Clytemnestre, personnage d’une tout autre nature. Une femme portant une rage froide. Zendaya, elle, incarne une innocente Troyenne décapitée pendant la guerre qu’Ulysse assimile à Athena.

Nolan semble avoir anticipé ces débats et construit sa distribution avec suffisamment de nuance pour les désamorcer une fois le film projeté à l’écran.

Mise en scène

C’est là que le film atteint des sommets. Filmé intégralement avec une caméra IMAX  avec pellicule 70mm, L’Odyssée est une masterclass visuelle de bout en bout. Les plans sont d’une beauté stupéfiante, la direction artistique souffle le spectateur à chaque séquence. La photographie de Hoyte Van Hoytema, fidèle collaborateur de Nolan, livre ici peut-être son travail le plus accompli. Chaque image semble avoir été composée comme une peinture, chaque lumière pensée pour sublimer l’architecture naturelle des décors tournés à travers le monde (dans 6 pays différents).

Certaines séquences tendent même vers l’horrifique, comme celle du cyclope dévorant les soldats d’Ulysse tels des Lego®, ou lorsque Circé transforme l’équipage en cochons tandis qu’ils se gavent de ragoût. La scène du cheval de Troie est épique au sens littéral du terme. Elle figure parmi les toutes premières du film et tient le spectateur en haleine pendant près de la moitié du film avant d’être enfin dévoilée dans son intégralité.

Celle du Cyclope, elle, est également une gifle sensorielle qui me restera longtemps en mémoire : le jeu d’ombre et de lumière, autant que les cris portés par l’audio spatialisé, ont semblé faire trembler les murs et les rangs de la salle. En IMAX 70mm avec l’audio spatialisé, ces séquences dépassent le simple cinéma pour atteindre quelque chose qui ressemble à une expérience presque physique.

odyssée mise en scène

L'Odyssée face à Troie : une comparaison s'impose

Jusqu’à présent, le film Troie de Wolfgang Petersen (2004) avec Brad Pitt restait la référence cinématographique sur le récit homérien. Un film assez spectaculaire pour son époque, porté par un casting impressionnant, mais qui souffrait d’une écriture parfois trop hollywoodienne. Également, d’une bataille de Troie réduite à ses enjeux humains les plus basiques.

L’Odyssée les sépare sur presque tous les plans. Là où Troie cherchait l’émotion dans le romanesque et l’héroïsme conventionnel, Nolan a cherché à mettre en avant l’épique dans la démesure visuelle et la complexité psychologique de ses personnages. La comparaison est presque injuste tant les deux films n’ont pas les mêmes objectifs. Mais si Troie restait la référence par défaut faute d’alternative, L’Odyssée la détrône définitivement.

Interprétation

Matt Damon en Ulysse est une révélation (une de plus). « Matt Damon nous a fait du Matt Damon » ai-je entendu dans la salle. Il incarne ce héros usé par des années de guerre et d’errance, avec humanité et profondeur. Tom Holland confirme une fois de plus qu’il est l’un des acteurs les plus complets de sa génération. Cette fois-ci, il excelle dans un rôle qui lui demande bien plus que ce à quoi il nous avait habitués dans Spiderman ou Uncharted. Anne Hathaway est excellente, habitant son personnage de Pénélope avec la grâce et l’autorité qu’il réclame. Benny Safdie, réalisateur (Smashing Machine) reconverti en acteur pour l’occasion, est une surprise de taille en Agamemnon, le guerrier charismatique. John Leguizamo excelle également dans le rôle d’Eumée, fidèle ami d’Ulysse. On en oublierait presque qu’il a interprété Luigi dans le très catastrophique Super Mario Bros de 1993.

Mais c’est peut-être Robert Pattinson qui vole le plus de scènes. Il incarne Antinoos, le prétendant arrogant et sans scrupules qui convoite le trône d’Ithaque. Détestable un peu à la manière d’un Joffrey Baratheon (Game of Thrones) version grecque antique. La même arrogance perverse, le même plaisir presque enfantin à exercer un pouvoir qu’il n’a pas encore mérité. C’est le méchant qu’on aime détester tout au long du film. Sa rivalité avec Télémaque, le fils d’Ulysse incarné par Tom Holland, constitue l’un des fils narratifs les plus captivants du film.

Bande originale

Ludwig Göransson, le génie plusieurs fois Oscarisé, qui avait livré des partitions mémorables pour Oppenheimer, Black Panther, Creed, Sinners et même récemment dans The Mandalorian and Grogu, signe ici une bande son de grande qualité. Tantôt extraordinaire, notamment dans les grandes séquences épiques, tantôt un peu trop en retrait dans certaines scènes. Le titre « Odysseus » se détache clairement du reste de l’album. C’est le morceau le plus épique de la bande originale, celui qui résume à lui seul l’ambition de Göransson pour ce projet. À écouter avant et/ou après la séance pour mesurer ce que la musique apporte à l’image, et ce qu’elle perd sans elle.

IMAX 70mm, IMAX numérique ou standard : quelle différence ?

Le marathon est fini après trois visionnages du film. Une fois en 70mm à Montpellier, une fois en IMAX numérique 1.90:1 au Pathé Quai d’Ivry, et une dernière fois dans la salle Dolby Atmos de l’Île Seguin en 2.89:1. Si l’on devait résumer la comparaison des trois formats en un mot, ce serait la profondeur.

En partant de l’IMAX 70mm, on a la possibilité de tout avoir en plus grand. Plus d’image, avec le ratio 1.43:1 qui remplit littéralement le champ de vision. Une meilleure qualité d’image tout court, avec une richesse de contraste qu’aucun des deux autres formats n’égale. Logique, puisque c’est le format que Nolan a lui-même choisi et optimisé pour cette œuvre.

Toutefois, voir le film dans les autres formats ne le rend pas moins épique. L’IMAX numérique 1.90:1 conserve l’essentiel de l’immersion, avec un écran toujours imposant même s’il perd en hauteur ce que le 1.43:1 offrait. Et même en salle standard, dans un Dolby Atmos bien calibré, le film continue de fonctionner pleinement. Un spectateur qui découvre L’Odyssée uniquement en 2.89:1 vivra une expérience marquante, sans jamais se sentir lésé de ne pas connaître la version 70mm.

L’Odyssée est un nouveau chef d’œuvre de Christopher Nolan. Une œuvre totale, visuellement sublime, portée par des performances exceptionnelles et des séquences qui marquent durablement. La masterclass visuelle qu’offre le format IMAX 70mm donne à ce film une dimension jamais atteinte auparavant. La bande son de Göransson sublime le film. L’Odyssée s’empare désormais de la première place dans mon classement des films de Nolan, devant Memento et The Dark Knight.

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