J’ai vu… Le Passage

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Le Passage

Titre Original : I was a stranger

Date de sortie : 8 juillet 2026
1h 43min | Drame
Réalisateur : Brandt Andersen
Avec Yasmine Al Massri, Yahya Mahayni et Omar Sy

Scénario

Amira travaille dans un grand hôpital à Chicago. Un message d’anniversaire fait vibrer son téléphone et le passé refait surface. Des années plus tôt, le soir de ses 40 ans, une bombe pulvérise son appartement à Alep emportant ses parents et son frère. Elle saisit alors sa fille et fuit. Ce point de départ simple et brutal pose immédiatement le ton du film.

Ce qui distingue Le Passage des autres récits de réfugiés, c’est son architecture narrative. Le récit ne suit pas uniquement le périple d’Amira et sa fille. Il s’articule autour de plusieurs autres personnages dont les trajectoires se croisent et se répondent : le soldat, le passeur, le poète et le capitaine. Chacun apporte son regard, sa vérité, sa part d’humanité ou d’inhumanité.

Cette construction en fragments évite le piège du film à message trop linéaire et donne au récit une plus grande profondeur. Contrairement à d’autres films sur l’exil comme 13 jours, 13 nuits, où les scènes d’action gratuites et la figure du sauveur finissaient par diluer l’émotion, Le Passage fait le choix de la sobriété et de la multiplicité des points de vue. Un choix payant.

Mise en scène

Le film prend le spectateur dès ses premières minutes. La scène du bombardement de l’appartement à Alep arrive comme un coup de poing. Le rythme est juste, les scènes entrecoupées créent une tension narrative constante qui maintient le spectateur en éveil du début à la fin. Et la scène finale a visiblement retourné la salle entière.

Interprétation

Les acteurs sont globalement bons et au service d’un récit qui les dépasse individuellement. Deux personnages secondaires méritent une mention particulière. Le capitaine, garde-côte grec, est l’un des personnages les plus touchants du film. Il contemple quasi impuissant ces centaines de bateaux pneumatiques traverser les eaux grecques, parfois avec des morts. Ce témoignage silencieux et torturé d’un homme confronté chaque jour à l’horreur donne au film quelques unes des séquences les plus émouvantes. Le soldat, lui, est fils d’un révolutionnaire syrien qui lutte contre le régime. Rejeté par son père pour être devenu soldat, il va trouver sa rédemption en sauvant la vie d’Amira et de sa fille avant de fuir avec elles. Un arc narratif sobre et bouleversant.

Mais c’est Omar Sy qui crée la vraie surprise du film. Habitué aux rôles sympathiques et solaires, il incarne ici un passeur sans scrupules avec une froideur et une conviction désarmantes. On ne l’avait jamais vu dans ce registre, et il prouve encore qu’il peut habiter des personnages bien plus sombres que ce à quoi il nous a habitués. Une performance contre-emploi parfaitement maîtrisée qui donne au film l’une de ses tensions les plus fortes.

Enfin, petit clin d’œil savoureux enfin pour les fans de séries : la présence de Jason Beghe. Il incarne ici un médecin dans l’hôpital de Chicago où travaille Amira. Cet acteur incarne aussi le sergent Hank Voight de l’unité des renseignements criminels dans la série Chicago Police Department. Comme il le dit dans la série, Chicago est bien « sa ville ».

Bande originale


Les musiques sont très justes. Elles accompagnent l’émotion sans jamais la forcer, ce qui est précisément ce que ce type de film demande. Trop de films sur des sujets graves surjouent leur partition musicale pour compenser une mise en scène insuffisante. Ici, la bande son fait confiance au récit et aux acteurs. Elle souligne, elle ne s’impose pas.

Le Passage est un film poignant, qui l’est dès ses premières minutes et qui ne lâche pas. Son architecture narrative, sa sobriété dans le traitement d’un sujet lourd et d’actualité, et la performance surprenante d’Omar Sy en font un excellent films avec des récompenses bien méritées. La scène finale, qui a retourné la salle, restera longtemps en mémoire.

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